ÉLOGE DE L’IMPROVISATION

JEAN-FRANÇOIS ZYGEL

Jean-François ZYGEL s’est livré à Leaticia MONSACRÉ du site The Pariser. En voici de larges extraits dans lesquels il donne sa position sur la différence de plus en plus marquée, en musique aussi, entre les « Anciens » et les « Modernes »…

Je suis un artiste ; Sainte Beuve disait que la vie d’un artiste éclairait son oeuvre, Proust, lui pensait l’inverse. Ce qui m’intéresse, moi, ce sont les œuvres de Brahms, pas sa vie. En plus, en musique, les biographies sont toujours fausses, on invente des légendes…Simplement, je pense que dans un concert, il y a de nouvelles formes à inventer; notamment qu’il n’y a pas de raison de ne pas pouvoir parler au public, ni de ne pouvoir s’occuper des lumières et de mélanger les différents types de musiques sans oublier l’improvisation, laquelle, ne l’oublions pas était au cœur de la musique classique du XVIIIème ou XIXème siècle.(…) Vers 26 ans, ça marchait bien pour moi, il y avait tous ces petits concours de toutous, ces concerts classiques où personne ne se demande pourquoi on fait les choses, comme saluer à la japonaise et à la fin faire semblant de sortir. Je n’ai pas été satisfait par le fonctionnement de cette musique classique, par cette façon dont on affiche son appartenance à une classe sociale. La musique classique m’apparaissait comme une chose morte, une reproduction, de la conservation, et non pas comme de la création et du partage. La plupart de ces artistes jouent pour eux-mêmes ou pour être dans des gazettes et les journaux.

J’ai voulu sortir de ce salon.(…) Il fallait d’abord changer de lieu, aller dans des salles modernes comme internet ou la télévision; je n’ai pas eu l’intention de devenir un homme de média mais d’aller tout comme Glenn GOULD ou BERNSTEIN essayer d’autres endroits. Ensuite, il a fallu réintroduire l’improvisation, un moment très vivant, très original, qui rend le concert créatif et très original. Pourquoi ne pas collaborer aussi avec les autres arts? La danse, le cinéma et ne pas mettre fin à cette distinction entre les genres musicaux? On est tellement fier de notre musique classique que l’on ne peut pas y ajouter du slam, de la musique électronique? Et enfin pourquoi pas la parole? Liszt n’hésitait pas à présenter certaines de ses pièces. Cela dit, parler pour moi est juste un élément du spectacle , ce n’est pas l’objet principal, je ne suis donc pas un animateur. (…) Ma grande angoisse d’ailleurs, lorsque je finis un spectacle comme le dernier au Châtelet sur Schubert, c’est avant tout de savoir si j’ai bien joué, improvisé au piano. En tout cas, je ne voulais ni dépendre de l’argent avec une carrière commerciale ni de la reconnaissance de mes pairs.(Ce qui m’atttire c’est) ce qui est nouveau; Mozart et Schubert ne m’intéressent aujourd’hui que comme musiciens contemporains. J’écoute d’ailleurs très peu de musique classique. J’aime la faire, c’est tout. Je pense que je suis très attiré par l’immatériel. La musique, contrairement aux autres arts, n’est pas un commentaire du monde- elle ne le décrit pas, elle en donne l’essence.

Et, pour étayer ses propos sur l’improvisation que ne contredirait pas l’ami Francis VIDIL, voici une émission de TV5 MONDE dont il était l’invité et au cours de laquelle il prédit la fin de l’écrit et met « l’impro » comme clef de a créativité. Au passage, de très bons moments musicaux. Dommage qu’il ait en face de lui Sébastien FOLIN qui s’avère bien peu cultivé et incapable de faire se dépasser ce roi de l’art d’improviser…

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