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CHŒUR OPÉRA LYRE

À GARANCIÈRES, 23 Janvier 2012 à 21h., Salle des Fêtes

CHŒUR OPÉRA LYRE 

« LA MÉLODIE POPULAIRE AU XX° SIÈCLE »

La chanson populaire française  a  toujours été présente dans notre patrimoine culturel. On chantait pour toute occasion et chaque région (guerre, métier, amour, saisons etc…) avait ses propres mélodies et textes. Un grand nombre de compositeurs ont repris ces thèmes et les ont empreints de leurs harmonies et de leur sensibilité très personnelles.

Ainsi la chanson des tisserands par exemple harmonisée par POULENC sonnera de façon totalement différente de celle de LESUR. Ce compositeur moins connu du grand public a beaucoup écrit pour les voix a capella et nous a laissé un grand catalogue de chants populaires.  POULENC a pris 8 chansons sur des thèmes assez connus comme « La petite fille du prince », Ravel se rapproche de la chanson limousine mais a écrit ses propres textes dans un français archaïque et fait dialoguer les voix entre elles. Quant à Debussy, il a emprunté ses textes à Charles d’Orléans…

Béatrice MALLERET qui a créé et dirige  le chœur OPÉRA LYRE depuis 2004, s’attache à faire chanter un répertoire varié et à utiliser toutes les possibilités vocales de ses  choristes. Chanteuse de formation et titulaire à l’Opéra de Paris, elle dirige depuis 30 ans différentes formations vocales et parfois instrumentales. Exigeante dans le travail, elle entraine chacun à se dépasser grâce à une pédagogie de la voix adaptée, gratifiante et stimulante.

 Au programme (sous réserve de changements possibles) :

POULENC  –  CHANSONS FRANCAISES

  • Margoton va t’a liau
  • La belle se sied
  • Pilonsl’orge
  • C’est la petite fille du prince
  • Ah mon beau laboureur
  • Les tisserands

DEBUSSY ( 1862-1918)  –  Trois chansons de Charles d’Orléans (1898-1908)

  • Dieu ! qu’il la fait bon regarder
  • Quand j’ai oui le tabourin
  • Yver, vous n’êtes qu’un vilain

 

LESUR  –  CHANSONS POPULAIRES (Voix ÉGALES   CAHIER 1)

  • Ah ! dis moi donc bergere
  • la chevre
  • Hol-di-ri-di

LESUR  –  CHANSONS DE MÉTIER

  • Les savetiers
  • le vigneron
  • les tisserands

LESUR  –  CHANSONS DU CALENDRIER

  • Guillenle
  • vla l st martin

LESUR  –  CHANSONS SAVOYARDES

  • Germaine
  • la fiancée lointainE
  • toujours de celle me souviens

LESUR  –  CHANSONS BRETONNES

  • La ceinture de noces
  • l’appel des patres
  • Le chant des trépassés
  • la marche d’Arthur

RAVEL  –  Trois chansons

LA MÉLODIE FRANÇAISE

Béatrice MALLERET a donc sélectionné dans les créations fort nombreuses et fort riches des compositeurs du XX° Siècle un ensemble de mélodies « à la française ». Ce choix pose insidieusement ou innocemment – comme vous voudrez -, la question de l’originalité de la mélodie « à la française » : est-ce définissable ? Y a-t-il vraiment un style « français » ?…

Prenons un exemple un compositeur qui a beaucoup écrit pour la voix : Francis POULENC… Et, en l’occurence, une « chanson » qu’il a créée pour le théâtre : LES CHEMINS DE L’AMOUR… Écoutons-la d’abord :

Cette mélodie, que vous venez d’entendre chantée par Felicity LOTT, est certainement celle qui est le plus attaché au nom de Francis POULENC. Elle a été écrite pour la pièce de Jean ANOUILH « LEOCADIA » qui fut créée en 1940 par Yvonne PRINTEMPS et Pierre FRESNAY. Elle fait très souvent débat.

En effet, beaucoup de chanteuses lyriques, dont Jessye NORMAN, se sont emparées de cette exquise mélodie, pour en faire une sorte de « Lied » dans lequel le texte de Jean ANOUILH est complètement dissous pour devenir le support d’une mélopée vibrante que pourrait tout à fait interpréter un… violoncelle. C’est d’ailleurs ce qu’ont fait Christian-Pierre LAMARCA et Amandine SAVARY dans un très joli enregistrement consacré aux mélodies françaises, « L’HEURE EXQUISE », jouées au piano et au… violoncelle.

En revanche, l’interprétation très simple, presque sans coloration, limpide et très audible, d’Yvonne PRINTEMPS est, elle, aux antipodes… N’oublions pas que LEOCADIA étant une comédie qualifiée par son auteur de « rose » et mêlée à une action dramatique, cette chanson n’était pas qu’un ornement chanté…

Cette comparaison nous donne l’occasion de souligner l’importance centrale du texte, point de départ fondamental de la création d’une chanson qui, outre le climat imposé par le sens du texte, esquisse dans le choix des mots, déjà, une ligne mélodique et une ébauche rythmique. Et en définitive nous fait poser une nouvelle interrogation : n’est-ce pas là que réside véritablement le secret des mélodies « à la française » ? La sonorité et la rythmique très particulières de la langue française ne suggèrent-ils pas des développements souples, presque voluptueux qu’une scansion germanique ou une prosodie anglaise sont incapables de supporter ? Pour notre part, la réponse est : OUI.

Voilà en tous les cas la richesse de Babel : une infinie variété de langages, conférant aux compositeurs d’infinies possibilités de création. Et le tout sur 7 notes !

LA VOIX DE FRANCIS POULENC

Francis POULENC n’est plus aujourd’hui un compositeur de tout premier plan… Actuellement ce que l’on joue de lui relève essentiellement de ses œuvres orchestrales. Dès lors, on sait peu qu’il a énormément produit pour la voix.

Épris de poésie, il a toujours aimé écrire pour le chant qu’il soit solo ou choral. Pour son premier succès public, il choisit le poème d’un auteur soi-disant africain, Makoko KANGOUROU…

En fait, ce sont deux compères bien parisiens qui ont créé ce personnage aux vers cocasses. L’air de Honoloulou, une suite d’onomatopées qui rentre dans la Rhapsodie Nègre, n’appartient à aucune langue africaine. Cette œuvre que POULENC avait présenté au Directeur du Conservatoire lui valut de ne jamais y rentrer tant elle a irrité cet homme qui la qualifia de “couillonnerie infâme” ! Elle fut néanmoins créée en 1917, au Théâtre du Vieux Colombier, avec grand succès.

Au dernier instant, le baryton qui devait la chanter s’est désisté. Et c’est donc Francis POULENC lui-même qui entonna ces vers mémorables :

Honoloulou, poti lama
Honoloulou, Honoloulou
Kati moko, moso bolou
Ratakou sira, polama

Ami d’APOLLINAIRE, Max JACOB, Paul ELUARD et Jean COCTEAU, il met leurs poèmes en musique, s’attaquant aussi à des œuvres vastes comme : Le Bestiaire puis Les Mamelles de Tirésias d’APOLLINAIRE, Figure Humaine d’ELUARD, Le Dialogue des Carmélites de BERNANOS ou La Voix Humaine de COCTEAU.

Ayant retrouvé la foi à 36 ans, POULENC a autant écrit pour le sacré que pour le profane dont Quatre motets pour le temps de Noël, Salve Regina, Quatre petites prières de saint François d’Assise, Stabat Mater et Gloria pour Soprano solo.

C’est ce dernier ouvrage que nous vous invitons à entendre avec, pour soprano solo, Olga PASICHNYK, le Chœur Régional Nord-Pas de Calais et l’Orchestre National de Lille sous la direction de Jean-Claude CASADESSUS…

RAVEL, L’ESTHÉTIQUE DE LA FLUIDITÉ

Il en est de RAVEL comme de POULENC. Son œuvre vocale est désormais totalement passée sous silence. Et pourtant elle est presque aussi importante que son œuvre instrumentale. Tant que RAVEL fut un musicien créatif, productif, il ne cessa jamais d’écrire pour la voix laissant à son catalogue une quarantaine de mélodies, plusieurs recueils de chants populaires harmonisés, une vocalise-étude, 3 chœurs a cappella et 2 œuvres lyriques De plus, ces pièces à chanter sont d’une très grande qualité, jamais inférieure à celle qu’il écrivit pour les instruments.

La grande particularité de RAVEL est qu’il a toujours parfaitement adapté son style au texte et à l’atmosphère des poèmes (parfois, comme avec Jules RENARD, de la prose) choisis. Quitte, ce qui lui arriva fréquemment, à les cérire lui-même ! Cela illustre ce que nous disions à propos de la « mélodie française » sur le rapport étroit qui existe entre des mots et la musique qui les soutient. RAVEL avait une conscience aiguë de cette intimité et la concevait en privilégiant toujours le sens sur le son. Vladimir JANKÉLÉVITCH saluait cette particularité en disant que RAVEL avait adopté « l’esthétique de la fluidité »

Toutefois au fur et à mesure du temps et des expériences, RAVEL simplifia de plus en plus le substrat tout en gardant sa richesse harmonique et ses hardiesses rythmiques. Arthur HOÉRÉ écrivit dans « La Revue Musicale », à propos des « Chansons Madécasses » : « Par la ligne mélodique des plus libres et des plus neuves, par l’originalité de la polyphonie tout ensemble légère et complexe ( RAVEL crée) une oeuvre ou le raffiné et le barbare, la science et l’intuition se conjuguent en perfection pour atteindre jusqu’au chef-d’œuvre ». On peut appliquer à bien des oeuvres de Ravel ces lignes particulières.

Lorsque RAVEL mit en musique « Les Histoires Naturelles de Jules RENARD », celui-ci se révéla méfiant, voire hostile. Alors le musicien lui expliqua : « Mon dessin n’est pas d’ajouter mais d’interpréter (…) Dire avec la musique ce que vous dites avec les mots ». Cela explique la grande variété des gens abordés et des oeuvres réalisées puisque RAVEL composait toujours en fonction du texte qu’on lui confiait, appliquant une autre constante de son œuvre vocale : le charme insolite qui vient de la tension permanente créée par le conflit de la simplicité et de la recherche alambiquée, exercée par son propre langage tonal, tendu, moderne.

Arthur HOENNEGER apprécia l’oeuvre vocale de RAVEL au point d’en dire : « Il connaît profondément la voix ». Il faut dire que Ravel ne cherche jamais à mettre en difficulté ses chanteurs, respectant constamment leur tessiture et ne se permettant des registres extrêmes que par des sauts de quarte, quinte ou sixte qu’en s’appuyant, pour cette acrobatie périlleuse, sur leur registre, base confortable.

Ce qu’il faut regretter c’est que l’ensemble des mélodies de RAVEL qui forment une œuvre remarquable, finit par se recouvrir d’une épaisse poussière d’oubli. Et ce qu’il faut souhaiter c’est que les programmateurs de concert comme les interprètes, n’hésitent plus à les inscrire à leur programme et nous donne le plaisir de les savourer désormais.

À preuve de tout cela, voici le premier quart d’heure d’une œuvre dont la version instrumentale nous est bien connue et qui fut au départ une sorte d’opéra-bouffe, une comédie musicale comme les américains en produisaient déjà au début du XX° Siècle sur le chemin de Broadway : « L’Heure espagnole ». Il composa cette œuvre en 1907 sur le texte d’une pièce de FRANC-NOHAIN. Elle est ici interprétée à l’ouverture du Glyndbourne Festival, sous la direction de Sian EDWARDS qui conduit le London Orchestra. C’était en… 1987 !

Jugée « pornographique », il fallut trois ans au public entre les premières représentations et sa reprise, pour en apprécier toutes les qualités…

DEBUSSY, CHERCHEUR DE NATUREL…

Contrairement à POULENC et RAVEL, DEBUSSY a peu consacré son génie créatif à la Voix. Et pourtant, tout le monde connaissant, certes peu ou prou, PELLÉAS & MÉLISANDE, sait que DEBUSSY a aussi bouleversé, bousculé, malmené mais fait avancer, l’Art vocal.

L’accueil réservé à cette œuvre à sa création qui vit la participation des forces de Police afin de calmer les spectateurs en furie, en témoigne suffisamment. Elle révèle, en tous les cas, le sens de la recherche de DEBUSSY qui, ayant vu la pièce de MAETERLINCK, mit dix ans à la mettre en musique. « Les personnages de ce drame tâchent de chanter comme des personnes naturelles et non pas dans une langue arbitraire faite de traditions surannées ». Ce propos du compositeur est clair sur ses intentions : dédramatiser le chant afin de renforcer l’action dramatique.« J’ai voulu que l’action ne s’arrêtât jamais, qu’elle fût continue, ininterrompue. La mélodie est antilyrique. Elle est impuissante à traduire la mobilité des âmes et de la vie. Je n’ai jamais consenti à ce que ma musique brusquât ou retardât, par suite d’exigences techniques, le mouvement des sentiments et des passions de mes personnages. Elle s’efface dès qu’il convient qu’elle leur laisse l’entière liberté de leurs gestes, de leurs cris, de leur joie ou de leur douleur. »
Jugeons-en avec ce début de PELLÉAS & MÉLISANDE dans l’interprétation de l’Opéra du Pays de Galles et des chœurs que dirigea Pierre BOULEZ…

Mais revenons à DEBUSSY dont nous comprenons qu’il se considère, avec encore plus de force que RAVEL puisqu’il est prêt à sacrifier sa musique pour valoriser l’action, à être serviteur du texte. Voilà en effet qui pouvait briser les habitudes qu’il qualifiait de « surannées » et asseoir tout à fait sa réputation de créateur iconoclaste. Dès lors, la prosodie qui impose pour tenir l’alexandrin à faire sonner le « e » muet se trouve gommé dans l’écriture de DEBUSSY qui pratique sans ambages, apocope et synérèse. C’est sa manière de participer à la fameuse « crise des vers » qui introduisait, dans la poésie contemporaine, une certaine éléasticité dans le nombre syllabique. Elle fait, en tous les cas, de DEBUSSY le complice de la révolution de modernité que vivait son époque.

Était-il, pour autant, lui qui marquait une franche rupture avec un certain clacissisme, un « impressioniste » absolu, hors de toute contrainte et de forme rigoureuse ? Absolument pas. Il existe dans toute son œuvre une rigueur de construction, une architecture extrêmement solide mais absolument imperceptible, laissant le spectateur, l’auditeur, s’envahir des émotions, des sensations, des images qu’il souhaitait susciter par ses arragements sonores…

Ce qui est frappant, étonnant, à l’écoute de DEBUSSY, est que l’on ne peut, à la première écoute, prévoir ce qu’il va faire suivre. Cette mobilité, cette surprise permanentes constituent son esthétique très caractérisée. L’énergie qu’elle développe, brise par exemple la forme habituelle, acceptée, obligatoire de la Sonate et propose une fragmentation de la conscience dissoute dans une explosion perpétuelle de solicitations dispersantes. En voici un dernier exemple avec ce troisième Nocturne, écrit pour un chœur de femmes : SIRÈNES. Il est interprété ici par l’Orchestre Philharmonique d’Isarël, sous la direction de Noam SHERIFF…

LE SOUFFLE DE DANIEL-LESUR

Connu des musiciens et des mélomanes avertis, DANIEL LESUR l’est beaucoup moins du grand public. Depuis sa mort, survenu en 2002, à 94 ans, il est dans ce purgatoire que l’on peut penser obligatoire et qui accueille, un certain temps d’oubli, de grands artistes qui ressurgissent un beau jour, leur talent et leurs œuvres devenant indispensables. Il en fut ainsi de beaucoup, BUXTEHUDE, VIVALDI par exemple…

La mère de DANIEL-LESUR était elle-même compositrice. Il baigna ainsi toute sa petite enfance dans la musique et entra au Consevatoire de Paris à l’âge de onze ans. Il y eut pour condisciple Oivier MESSIAEN avec qui il conserva une grande complicité musicale (tous deux furent élus au Collège de France, bien plus tard). Son véritable maître fut Charles TOURNEMIRE qui était le titulaire de l’orgue de Sainte Clotilde à Paris, le célèbre Cavaillé-Coll de César FRANCK. Il en devint, à 19 ans; le suppléant. C’est là, dans cette fréquentation immédiate avec le chant grégorien et l’art du plain-chant, auquel l’orgue est traditionnellement relié, que le jeune DANIEL-LESUR forgea son langage ultra modal, qui traverse nombre de ses œuvres, notamment celles sur des textes religieux.

Olivier MESSIAEN

En 1935, il est professeur de contrepoint à la Schola Cantorum de Paris (qu’il dirigera 25 ans plus tard) et créa, l’année du Front Populaire, avec André JOLIVET, Yves BAUDRIER et Olivier MESSIAEN, le Groupe « JEUNE FRANCE » qui afficha l’ambition de redonner de la vie, de l’âme, à la musique, considérée croupissant dans un néoclacissime stérilisant. Après la guerre, il joua un rôle très important dans le développement de la musique à la Radio Nationale avant de tenir le poste d’Inspecteur général de la Musique au Ministère de la Culture…

L’œuvre de DANIEL-LESUR est très abondante et ouverte à tous les genres. Il a composé de la musique de chambre, pour ochestre et 3 pièces concertantes dont créée en 1992 par Mstislav ROSTROPOVITCH et l’Orchestre philharmonique de Radio France. Attaché à la tradition française, il a centré sa création sur le souffle humain (pneuma), donc sur la Voix qu’il a servie à profusion : 11 recueils pour voix seule et piano, 7 œuvres pour voix seule et orchestre ou ensemble (dont les Chansons Cambodgiennes et Les Dialoges dans la Nuit), et beaucoup de musique chorale dont les 5 volumes de Chansons Françaises (du Calendrier, de Métiers, de Bretagne, du Lanquedoc, de Savoie), la Messe du Jublié et le Cantique des Cantiques. Voici le premier des sept mouvements de cette suite écrite en 1952, sous la direction de Timothy SHANTZ, le « Spiritus Chamber Choir » de la ville de Calgary au Canada : « Dialogue »…

Il est heureux de pouvoir réentendre les œuvres de DANIEL-LESUR dont l’originalité et la force les imposent dès la première écoute…

Si vous avez des questions, des souhaits sur ce concert… l’adresse courriel de RITMY est faite pour vous !

contact.ritmy@gmail.com

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